Français mangez en paix

Publié le par Daniel joubert dieteticien

Pour beaucoup de nos contemporains, manger n’est plus un plaisir, mais un souci, une corvée, un source d’angoisse et de culpabilité. On a peur de manger trop ou de manger mal. Nous sommes assaillis de messages permanents nous détaillant par le menu tous les dangers qui nous guettent, au premier rang desquels se trouvent le cancer et l’obésité.
Or, il se trouve que, malgré tous ces poisons, nous vivons de plus en plus vieux. Certes, nous mourons davantage de cancer, mais moins d’autres maladies. Sans doute faut-il mourir de quelque chose… En 2006, en France, l’espérance de vie était de 77,2 ans pour les hommes et 84,1 ans pour les femmes en France métropolitaine. Cette espérance de vie a augmenté de 20 ans entre 1935 et 1996. Entre 2000 et 2005, le gain annuel est de 2,5 mois pour les hommes et 2 mois pour les femmes. Un tel allongement de la vie, extraordinaire, inouï, serait-il possible si notre nourriture était aussi mauvaise qu’on le dit ? Il faut se rendre à l’évidence : ces aliments imparfaits, incomplets, pollués, industrialisés, suffisent bel et bien à nous maintenir en vie tout ce temps-là ! Et même, ajouterai-je, à nous donner bien du plaisir.
Et l’obésité, me direz-vous : elle monte, nous dit-on, à la vitesse d’un cheval au galop, comme la mer dans la baie du Mont Saint Michel. Allez-vous me croire : nous autres, Français, sommes parmi les plus minces de tous les pays industrialisés. En fait, seul le Japon fait mieux. Selon l’OMS, les femmes françaises de plus de 30 ans, avec un taux prévisionnel d’obésité pour 2015 de 8 à 15% (contre 30 à 45% pour l’Allemagne et la Grande Bretagne) seront les Européennes les plus minces. Quant aux Français mâles, ils ne prennent que la deuxième place.
Certes, comme partout ailleurs, les Français ont tendance à grossir, mais nous partons de tellement plus bas…
On est en droit de conclure qu’il existe en France un facteur de protection contre l’obésité, qui semble malheureusement en voie d’effritement.
Mais quel est-il ? Avons-nous une génétique différente ? Bien sûr que non. Est-ce une affaire de climat, plus favorable ? Laissez-moi rire. Sommes-nous plus obéissants, respectons-nous les règles de la diététique davantage que les autres ? Certainement pas, et même, ce serait plutôt le contraire…
Claude Fischler et Estelle Masson, deux sociologues, ont leur petite idée sur la question et viennent de publier un ouvrage éclairant sur le sujet, rapportant les résultats d’une étude internationale multicentrique : ce qui caractérise les mangeurs français, c’est la recherche du plaisir gustatif et la convivialité. Ce qui caractérise les Américains, qui se situent à l’autre bout du spectre, c’est le centrage sur la diététique et une alimentation où chacun est individuellement responsable de ce qu’il mange. Ainsi donc, manger avec plaisir et partager ce plaisir ne seraient pas de petits à-côtés, mais le principal !
Je me réjouis de cette conclusion, qui recoupe totalement mes constatations de clinicien, qui va dans le même sens que ce que nous proposons sur ce site, depuis des années.
Manger en paix, avec sérénité, de bonnes choses que l’on aime, en sachant les partager, n’est pas un luxe, mais un impératif de santé. Ce sont des conditions nécessaires pour pouvoir être à l’écoute de ses sensations alimentaires et, donc, pouvoir manger juste.
Manger ainsi n’est pas seulement bon pour le corps, mais aussi pour le mental. J’irai même plus loin : manger en paix est une méthode d’épanouissement personnel, un art de vivre. Cela demande donc une certaine discipline, de la concentration. Manger est un acte important, qu’on ne peut pas se permettre de bâcler.
Une bonne part des Français y parvient encore, cahin-caha, et ceux qui ont lâché la rampe feraient bien de s’y remettre.
Telle est l’ambition de mon dernier livre qui, comme vous vous en doutez, s’appelle « Mangez en paix ! » et qui, je l’espère, devrait permettre à tous ceux qui angoissent et culpabilisent, à tous ceux qui ont perdu leurs repères alimentaires, qui ne savent plus ce que manger veut dire, de retrouver la sérénité, de faire le bon poids.
Quant à nos politiques, qu’ils y songent : la France possède là un art de vivre qu’il convient d’entretenir, et même d’exporter !  
Article de Gérard Apfeldorfer    www.gros.org
Claude Fischler, Estelle Masson. Manger, Français, Européens et Américains face à l’alimentation. Ed. Odile Jacob, 2008.
Gérard Apfeldorfer. Mangez en paix ! Ed. Odile Jacob, 2008.



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Un Diététicien pour une nutrition adaptée à ch 24/03/2011 13:18


un grand merci pour ton lien, je t ajoute à nos partenaires

Sabine
www.dieteticien-liberal.net